UN ARCHITECTE ACCUSE E.PIOLLE de TRANSFORMER GRENOBLE EN « VILLE SOVIÉTIQUE »

Publié par user1 le

Ce qu’il faut bien appeler la  » bétonisation  » de la ville centre désormais étendue à l’agglomération Grenobloise soulève de plus en plus de protestations. Bien entendu de ceux  qui en subissent les conséquences concrètes. De nombreux quartiers découvrent avec stupéfaction que la moindre dent creuse , le plus petit espace, la moindre maison se voient immédiatement conquis par des prédateurs , lesquels, sous couvert de logements sociaux, bétonnent la ville autant que possible.

TOUT a ÉTÉ DÉCIDÉ par le PLU de 2005 ( Verts/Ades)

Cette politique n’est pas nouvelle. Elle a été actée en 2005 par l’élaboration d’un Plan Local d’Urbanisme (PLU) proposé par P.Kermen Adjoint au Maire (Verts/Ades) et voté par la municipalité Destot (PS/Verts/PC) . Ce que rappelait benoîtement J.Safar (PS) en lançant sa campagne municipale à l’heure ou il pensait encore être en tête et reconduire l’alliance PS/Verts. En totale tromperie de l’opinion Eric Piolle a surfé pendant la campagne sur le sentiment de ras le bol de cette politique qui se faisait déjà sentir. En fait il ne voulait pas la modifier. Alors il a focalisé sur les immeubles de grande hauteur et le rejet du projet de l’esplanade. L’électeur comprenait qu’il était hostile à la bétonisation alors qu’il entendait la poursuivre.

esplanade: la tromperie

esplanade: la tromperie

L’ESPLANADE : PIOLLE ARRÊTE le PROJET en CONSTRUISANT 650 LOGEMENTS!

L’exemple de l’esplanade est emblématique. Destot  voulait 1200 logements sur 6 hectares, E.Piolle  en construit 650 sur 3,3 hectares. L’un et l’autre n’ajoutent aucun espace vert et pratiquement aucun parking. Comme Destot , E.Piolle lance la consultation avec un cabinet parisien , HDZ ( 300 000 € quand même) avec des panneaux :  » l’esplanade commence avec vous » alors que M.Boileau (Verts/Ades) a déjà déposé un permis pour 233 logements…

Rue Raspail à Berriat « l’opposition » Verts/Ades accusait la municipalité Destot de tripatouillage du cadastre pour bétonner plus fort dans la rue. Une fois élus ils s’appuient sur ce tripatouillage pour mener le projet à son terme au grand dam de la population qui constate de visu le mensonge éhonté.

Mais maintenant à St Martin d’Hères ( Daudet) à St Egrève ( les Moutonnées, le Muret et  Pré­dieu) et partout dans les quartiers Grenoblois on s’oppose.

Gilles Marty un architecte grenoblois demeurant 85 cours de la Libération a largement diffusé une lettre au Maire de Grenoble qui reprend une grande partie des arguments qui s’opposent à cette politique folle.

rue Raspail , les habitants ont été trompés

rue Raspail , les habitants ont été trompés

LA PANTALONNADE de la CO-CONSTRUCTION

En matière de « co-construction » il décrit la pantalonnade municipale désormais connue de tous: choisir des sujets minuscules sur lesquelles une débauche de moyens est mis en oeuvre pour consulter , faire voter , pendant que les politiques essentielles sont appliquées avec brutalité.

Bien entendu, comme tous ceux qui regrettent les effets de l’hyper densification il accepte le principe d’une certaine densité. Comme si on avait le choix qu’entre elle ou l’étalement urbain et son mitage. Dans l’Isère, au delà de Grenoble, il existe des pôles urbains ( Moirans, Voiron, Domène, Pontcharra, Goncelin, Tullins, ST Marcellin, Le Grand Lemps, ST Geoirs… ) qui ne demandent qu’à être renforcés. Avec des TER fréquents et rapides de nombreuses agglomérations vraiment apaisées parce que gérables pourraient vivre en synergie entre elles. D’autant que les chiffres des « besoins » en logement définis par la gauche et les Verts sont sujets à caution.

L'extension de la politique Grenobloise de bétonisation révolte St Egrève aussi

L’extension de la politique Grenobloise de bétonisation révolte St Egrève aussi

LA BÉTONISATION IGNORE le VIVRE ENSEMBLE

Car la question de l’hyper-densification à la grenobloise se pose surtout en termes de vivre ensemble . Avec 5 quartiers en dessous du seuil de pauvreté Grenoble est en danger. Avec des cités entières qui ne sont plus maîtrisées – malgré les discours lénifiants d’Elisa Martin (PG) sur ses 14 « médiateurs de nuit « – une économie souterraine qui fait vivre des milliers de personnes , la multiplication de commerces qui ne sont visiblement plus que des blanchisseries d’argent sale, la construction de 50 % de HLM dans les opérations mixtes et de 100 % de HLM dans toutes les dents creuses n’est pas la réponse à la situation.Elle n’est même pas acceptée par ceux auxquels elle s’adresse !

Malgré ces remarques la lettre de Gilles Marty à  » Eric Piol » est remarquable par les informations qu’elle apporte , par les arguments sans failles qu’elle oppose au dogmatisme de la municipalité. Elle vaut la peine d’être publiée dans son intégralité:

Gilles Marty
Architecte
85, Cours de la Libération gilles.marty@inca-architectes.com

Grenoble, 31 janvier 2015

Monsieur le Maire, cher Éric Piol, cher concitoyen,

« Je prends connaissance de votre réponse à la lettre de ma fille Gloria (13 ans) au sujet de la destruction annoncée de la belle maison des années 1930 que nous occupons au 85 Cours de la Libération. Cette démolition implique l’arrachage des grands tilleuls âgés de plus d’un demi-siècle et la disparition du jardin attenant, avec toute sa richesse écologique: abeilles sauvages, hérissons, mulots, écureuils, faune et flore.

« METTRE VOS CONVICTIONS EN ACCORD AVEC VOS ACTES »

« J’ignorais que Gloria vous avait écrit au sujet de la démolition programmée de cet élément du patrimoine grenoblois et qu’elle vous avait conseillé de « changer de parti » pour mettre vos convictions en accord avec vos actes. Gloria est une jeune fille pleine d’imagination, de sensibilité et d’audace. Je vous réponds donc pour rendre justice à son action courageuse et ne pas la laisser stupéfaite à la lecture de vos arguments, que personnellement je trouve contradictoires, creux et sans consistance.

« DISPARITION SYSTÉMATIQUE DU PATRIMOINE AU PROFIT de l’HABITAT DENSE »

« J’ose croire que vous êtes conscient que cette maison, son jardin et son style sont porteurs de mémoire et d’histoire, qu’ils font partie intégrante de l’image collective de la Cité et qu’ils participent à son charme et à sa diversité. Vous avancez le manque de logements, la proximité du tramway et la densification de la ville comme les RAISONS majeures pour justifier la disparition systématique de ce type de témoins emblématiques du patrimoine grenoblois, au profit d’opérations immobilières d’habitat dense.

« UNE DÉMARCHE DOCTRINAIRE, AVEUGLE AU CONTEXTE  »

« Il faut croire que la DENSIFICATION est le nouveau mot d’ordre de vos promoteurs-urbanistes. Les mêmes qui pendant des années ont prôné l’EXPENSION URBAINE comme modèle de développement et ont laissé se multiplier les zones pavillonnaires péri-urbaines, provoquant la destruction du paysage et le gaspillage des ressources que vous déplorez aujourd’hui.

« Une politique de densification est certes nécessaire, mais certainement pas celle caractérisée par une démarche doctrinaire, aveugle au contexte et à toute notion de patrimoine, qui consiste à remplacer systématiquement tout ce qui participe à la poésie d’une ville, maisons de faubourg, villas, petits jardins… par des opérations de promotions immobilières de 150 logements.

« AU FAIT POUR RÉALISER QUOI à la PLACE ? »

« Au fait, pour réaliser quoi à la place ? Un de ces chefs d’œuvre d’architecture dont Grenoble a le secret ? Une de ces « merveilleuses » opérations de logements dont le niveau esthétique, architectural et paysager, sont d’une médiocrité et d’une banalité affligeantes ? Vous me direz que ce piètre niveau de qualité urbaine et architecturale s’explique par la nécessité de densifier le bâti, le faible coût de ces constructions, logement social oblige, et le respect de vos propres règles d’urbanisme : axes, alignements, gabarits…

« LA RELIGION de la DENSIFICATION »

« Pour autant, la précédente municipalité avait fait le choix de préserver cette maison et son jardin dans son projet d’urbanisme. Je crains donc, qu’au nom de cette nouvelle RELIGION DE LA DENSIFICATION, vos promoteurs ne transforment cette cité en une ville au charme tout soviétique, dont vos successeurs déploreront logiquement les effets dans vingt ou trente ans.

UNE MUNICIPALITE ÉCOLOGISTE INFÉODÉE aux PROMOTEURS SOCIAUX

« Je citerai volontiers Bossuet « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». Dieu doit bien rire alors, surtout s’il réalise que c’est votre municipalité qui, sous couvert d’arguments citoyens et écologistes, va finalement fabriquer une ville inféodée à la logique des promoteurs, certes sociaux, mais promoteurs quand même.

« LORSQU’IL S’AGIT de RÉALISER des TABLES de PING-PONG UN BATTAGE MÉDIATIQUE SANS PRÉCÉDENT… »

« Lorsqu’il s’agit de réaliser des tables de ping-pong au Parc Paul Mistral, nous avons droit, en tant qu’habitant et contribuable grenoblois, à un battage médiatique sans précédent, à une votation citoyenne (rien de moins) et au placardage sur la place Victor Hugo d’un foisonnement de propositions et de projets. Étrangement, lorsqu’il s’agit d’urbaniser un des carrefours stratégiques de la ville, l’angle Libération-Alliés, vos promoteurs-urbanistes arrivent avec des solutions toutes faites : des ilots cubiques bien alignés, une superette, des parkings semi-enterrés, un axe vert, des jeux pour enfants… et n’imaginent même pas un seul instant que d’autres solutions seraient possible, tant la densification de l’existant et la rentabilité foncière guident leur maigres idées.

« A PROXIMITÉ DES ZONES URBAINES SENSIBLES »

« Leurs propositions ne sont même pas assises sur une analyse de terrain en profondeur de l’histoire du quartier, de sa diversité sociale, de la richesse et de la complexité du tissu urbain qui le composent. Ils ignorent tout des risques qu’ils encourent à appliquer des solutions urbaines préfabriquées à un quartier très fragile, de part sa proximité avec des zones urbaines sensibles. Mais j’oubliais, ce sont les chiffres qui gouvernent et non les nuances des réalités qu’ils masquent.

 » VOUS ÊTES VOUS RENDU PERSONNELLEMENT au 85 COURS de la LIBÉRATION? »

« Au fait, vous êtes vous rendu personnellement au 85 Cours de la Libération pour constater par vous-même l’intérêt de cette maison et des villas qui l’entourent? Je vous y invite volontiers avec mes voisins. Vous verriez que l’opération de logement que votre promoteur-urbaniste s’apprête à réaliser pourrait tout a fait faire l’économie d’un tel saccage pour promouvoir d’autres formes d’urbanisme communautaire, participatif et collaboratif. Je le sais, je suis architecte, enseignant, et prêt à vous le démontrer quand vous le souhaitez.

« CE COURRIER N’EST PAS TRES CITOYEN « 

« Ce courrier n’est pas très « citoyen » ni politiquement correct, j’en conviens. J’ose croire qu’il aura le mérite d’éclairer ma fille sur la dérision des discours sur «La ville de demain » ou « Réinventer la ville » et de tous ceux qui y croient, de belles intentions qui sonnent fort creux quand on les confronte à la réalité de ce qui va se réaliser. Créer de l’habitat n’est pas uniquement « loger » des personnes. Avec cette opération urbaine, vous avez l’occasion de prouver à tous que vous êtes capable de faire une ville différente et de redonner du sens à des mots tels que vivre, collaborer, s’investir, participer, rêver, inventer une autre manière d’être ensemble et de partager.

« INNOVER , NON PAS DANS LE DISCOURS MAIS DANS LA RÉALITÉ »

« Gloria est une jeune fille qui aime la nature, s’intéresse à la création et surtout aux autres. Vous devriez suggérer à vos promoteurs-urbanistes de s’inspirer d’elle et de retourner à l’école de l’imagination, s’ils désirent vraiment, ne serait qu’une seule fois, réinverter la ville, sortir des sentiers battus et se donner les moyens d’innover, non pas dans les discours, mais dans la réalité ».

Bien à vous Gilles MARTY